Vous avez une seule chose à faire aujourd'hui. Une petite note à écrire, un dossier à ranger, un mail un peu délicat à envoyer. Trente minutes de boulot, grand maximum. Sauf que la journée est libre, alors vous relisez, vous repoussez, vous vous faites un café, vous rouvrez le fichier, et quand vous levez les yeux il est dix-huit heures. La tâche a grossi jusqu'à occuper tout l'espace que vous lui aviez laissé. C'est exactement ça, la loi de Parkinson.

Elle porte le nom de Cyril Northcote Parkinson, un historien britannique qui l'a formulée dans un article plutôt moqueur publié par The Economist le 19 novembre 1955. Il s'en prenait à la bureaucratie, ces administrations qui embauchent toujours plus pour brasser toujours autant. Sa phrase est restée : le travail s'étire pour remplir le temps qu'on lui accorde. En 1958 il en a tiré un livre entier, et au passage il a aussi décrit la loi de la trivialité, cette manie des réunions de passer trois heures sur la couleur du local à vélos et dix minutes sur le budget d'une centrale.

Ce qui est vicieux, c'est que ça n'a rien à voir avec la paresse. Vous ne glandez pas vraiment. Vous peaufinez, vous doutez, vous ajoutez une virgule, vous enlevez la virgule. Le temps disponible agit comme un aimant qui dilate le moindre effort.

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La bonne nouvelle, c'est que ça marche dans l'autre sens. Donnez-vous moins de temps et la tâche rétrécit d'elle-même. Fixez une heure de fin ferme, pas une heure de début. Dites-vous que le mail part à onze heures, point, et vous verrez qu'il était très bien à onze heures moins cinq. Les minuteurs façon Pomodoro reposent là-dessus : vingt-cinq minutes de concentration, et la contrainte fait le tri entre ce qui compte et ce qui n'était que du vernis.

Attention quand même à ne pas en faire une religion du chrono. Certaines choses méritent qu'on s'attarde, et tout compresser à l'extrême, c'est le meilleur moyen de bâcler puis de tout recommencer. Mais pour la montagne de petites corvées qui s'étalent sans raison, c'est redoutable. La prochaine fois que vous avez une journée entière devant un truc de vingt minutes, essayez de vous accorder trente minutes et basta. Vous récupérez une après-midi, et accessoirement la paix.

Crédit photo : Illustration générée par IA