Vous savez que le paquet de cigarettes tue, et vous l'allumez quand même. Vous savez que vous devriez dormir plus, et vous relancez un épisode à minuit passé. Entre ce que vous pensez et ce que vous faites, il y a un petit grincement. Ce grincement porte un nom depuis 1957 : la dissonance cognitive.

C'est un psychologue américain, Leon Festinger, qui a posé l'idée. Elle tient en une phrase. On ne supporte pas de se contredire, et on fait tout pour que ça redevienne cohérent. Le cerveau n'aime pas la tension entre « je crois ceci » et « je fais le contraire ». Festinger la comparait d'ailleurs à la faim ou à la soif : un inconfort qui pousse à l'action.

Sauf que l'action en question est rarement celle qu'on imagine. On pourrait changer de comportement, arrêter de fumer, fermer l'écran. C'est logique, mais c'est dur. Alors le cerveau prend le chemin le plus court : il change la croyance. « De toute façon, mon grand-père a fumé jusqu'à quatre-vingt-dix ans. » « Un épisode de plus ne change rien. » Vous ne rangez pas votre acte, vous le maquillez.

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L'expérience qui a tout prouvé date de 1959. Festinger demande à des participants de faire une tâche d'un ennui mortel, puis de mentir à la personne suivante en jurant que c'était passionnant. Certains sont payés vingt dollars pour ce petit mensonge, d'autres un seul. Et ce sont ceux payés un dollar qui, après coup, trouvent sincèrement la tâche sympa. Pourquoi ? Vingt dollars, ça justifie un mensonge. Un dollar, non. Alors pour ne pas se sentir menteur à si bas prix, leur tête a décidé que la tâche était vraiment chouette.

C'est ça qui est fascinant, et un peu vertigineux. On croit tenir nos opinions, et bien souvent elles courent derrière nos actes pour les rendre présentables. Repensez à la dernière fois où vous avez défendu bec et ongles un achat un peu cher, ou une décision que vous saviez discutable au fond. Il y avait peut-être un peu de ça.

Le truc utile, c'est juste de repérer le mécanisme chez soi. Pas pour culpabiliser, surtout pas. Mais quand une excuse arrive un peu trop vite et un peu trop pratique, ça vaut le coup de se demander qui parle, vous ou votre confort.

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